Questions traitées
- Que faire dans les premières 72h ?
- Quand escalader vers un professionnel ?
- Comment protéger les preuves ?
À qui s'adresse ce playbook
Ce playbook s'adresse au dirigeant, à l'actionnaire, au conseil ou au financeur confronté à des signaux de fragilité : tension de trésorerie persistante, échéances non couvertes, perte d'un client majeur, rupture fournisseur, litige significatif, dette fiscale/sociale, baisse brutale de marge ou dépendance à un financement devenu incertain.
Il ne remplace ni le diagnostic d'un professionnel du restructuring ni les procédures prévues par le droit applicable. Sous OHADA, les procédures de prévention et de traitement des difficultés sont organisées par l'AUPC, qui distingue notamment des mécanismes préventifs avant cessation des paiements et des procédures judiciaires après cessation des paiements. Le premier objectif est donc de qualifier la situation assez tôt pour ne pas confondre une difficulté gérable avec une situation juridique qui impose une autre voie.
Résultat attendu
À la fin du parcours, l'entreprise doit disposer de :
- une photographie datée de la liquidité et des échéances ;
- une liste des risques qui peuvent accélérer la crise ;
- un registre des décisions urgentes ;
- une cartographie des parties prenantes ;
- un dossier documentaire minimal ;
- une décision d'orientation : remédiation interne, négociation financière, professionnel spécialisé, procédure préventive, cession d'actifs, transmission ou autre voie juridiquement validée.
Ce que le playbook ne doit jamais devenir
Pas de score magique. Un indicateur de difficulté peut déclencher une revue ; il ne diagnostique pas juridiquement la cessation des paiements.
Pas de vente précipitée d'actifs. Une cession peut aggraver la situation si elle détruit la capacité opérationnelle, viole des sûretés, désavantage certaines parties ou contourne une procédure applicable.
Pas de confidentialité absolue promise. Certaines procédures, obligations ou notifications peuvent imposer des formalités. Le niveau de confidentialité doit être qualifié, pas supposé.
Parcours de référence
SIGNAL → TRIAGE → LIQUIDITÉ → OPTIONS → PROFESSIONNEL / PROCÉDURE → PLAN → EXÉCUTION → PREUVE
Gate 1 : Stabiliser l'information en 48–72 heures
Objectif : empêcher la crise informationnelle de dépasser la crise financière.
Inputs : trésorerie disponible, relevés bancaires, échéances 13 semaines, créances clients, dettes fournisseurs, salaires, fiscal/social, dette financière, litiges, assurances, actifs critiques.
Actions :
- geler les versions de données ;
- nommer un propriétaire du cash report ;
- distinguer cash confirmé, cash attendu et cash conditionnel ;
- identifier les paiements critiques pour la continuité ;
- journaliser les décisions exceptionnelles.
Gate : aucune option stratégique ne doit être présentée au conseil tant que les chiffres de liquidité ne sont pas datés et rapprochés des banques.
Gate 2 : Construire un cash bridge de 13 semaines
La prévision ne sert pas à produire un chiffre exact ; elle sert à repérer la date et la cause de rupture.
Le tableau doit isoler : encaissements clients, salaires, fournisseurs critiques, fiscal/social, intérêts, principal, capex indispensable, paiements exceptionnels et solde minimum d'exploitation.
Stop condition : si des obligations exigibles ne peuvent pas être honorées et que la qualification juridique devient déterminante, escalade immédiate vers le conseil compétent.
Gate 3 : Identifier ce qui peut encore être contrôlé
Classer les leviers en quatre familles :
| Levier | Exemple | Preuve attendue | Risque |
|---|---|---|---|
| Cash | recouvrement, négociation fournisseur | plan daté, propriétaire | détérioration relation commerciale |
| Coûts | gel capex non critique, dépenses discrétionnaires | budget révisé | sous-investissement |
| Financement | waiver, moratoire, dette additionnelle | term sheet / accord | coût, sûretés, subordination |
| Portefeuille | actif non stratégique, transmission partielle | titre, valeur, consentements | vente précipitée / perte capacité |
Gate 4 : Qualifier les parties prenantes
Le registre doit distinguer : banques, actionnaires, salariés clés, clients majeurs, fournisseurs critiques, administrations, bailleurs, assureurs, conseils et potentiels acquéreurs.
Pour chacune : exposition, pouvoir de blocage, information disponible, prochaine décision, propriétaire de la relation.
Gate 5 : Choisir une voie, pas une accumulation d'initiatives
Options possibles, selon faits et droit applicable :
- remédiation opérationnelle ;
- négociation bilatérale avec financeurs ;
- recherche de nouvel argent ;
- cession d'actifs non essentiels ;
- recherche d'un investisseur ou repreneur ;
- mécanisme préventif OHADA lorsque les conditions sont réunies ;
- procédure judiciaire lorsque la situation l'exige.
Le playbook n'attribue pas lui-même le statut juridique de l'entreprise. Cette conclusion appartient au conseil compétent et, le cas échéant, aux organes prévus par la loi.
Gate 6 : Ouvrir un dossier de crise gouverné
Le dossier minimal comprend : comptes et management accounts, situation bancaire, dette et sûretés, aged receivables/payables, contrats critiques, masse salariale, litiges, fiscal/social, actifs, licences/permis, board minutes pertinentes et hypothèses du plan.
Chaque document porte une date, une source, un propriétaire et un statut : VERIFIED, MANAGEMENT_ASSERTION, CONTRADICTORY, MISSING, PROFESSIONAL_REVIEW_REQUIRED.
Gate 7 : Si des actifs doivent être cédés
Avant toute mise sur le marché : confirmer propriété, sûretés, restrictions contractuelles, autorisations, état physique, valeur de référence documentée, impact sur l'exploitation et cadre procédural éventuel.
Dans DealPME, le chemin P18 reste gouverné : l'attribution d'un actif appartient au propriétaire / organe compétent et les flux bancaires ou mécanismes conditionnels restent sous les gates applicables.
Gate 8 : Gouverner la communication
Créer trois cercles :
- need-to-know interne ;
- professionnels / financeurs autorisés ;
- contreparties externes qualifiées.
Aucune publication ouverte ne doit révéler une procédure ou une difficulté confidentielle lorsque le cadre impose un traitement restreint.
Tableau de décision
| Situation | Première action | Escalade |
|---|---|---|
| tension cash mais obligations couvertes | cash war-room + plan 13 semaines | CFO / turnaround adviser si persistant |
| covenant ou échéance à risque | modéliser breach et options | banque + conseil |
| conflit sur la capacité de paiement | préserver preuve, ne pas conclure seul | avocat / professionnel insolvabilité |
| actif non stratégique identifiable | vérifier titre, sûretés, dépendances | conseil + financeur si sûreté |
| acquéreur potentiel en approche | qualification + NDA + disclosure graduelle | M&A / juridique |
| cessation des paiements potentielle | stop des arbitrages improvisés | conseil OHADA immédiatement |
Indicateurs de pilotage
- semaines de liquidité ;
- encaissements vs prévision ;
- fournisseurs critiques sécurisés ;
- nombre d'obligations à risque ;
- actions de remédiation closes ;
- décisions avec preuve complète ;
- temps jusqu'à orientation professionnelle.
Mapping DealPME
P17 organise le diagnostic, la confidentialité et l'orientation. P18 peut structurer un dossier d'actifs sous conditions. P13 peut mobiliser un expert scoped. P12 protège les documents. P24 conserve le résultat déclaré. DealPME n'est ni tribunal, ni administrateur judiciaire, ni conseil en insolvabilité.
Sources et limites
Le droit applicable dépend des faits, du pays et du statut de l'entreprise. L'AUPC OHADA doit être lu avec les règles nationales pertinentes et l'avis d'un professionnel habilité. Le présent playbook vise la préparation et la traçabilité des décisions, pas la qualification juridique de la situation.
Sources
Classées par niveau d'autorité. Les liens ouvrent le site de l'éditeur.
Cette ressource explique ; elle ne constitue ni un conseil juridique, fiscal ou financier, ni une évaluation formelle. Faites valider votre situation par un professionnel.

